En compétition

Une décennie de festivals internationaux de cinéma

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Un ouvrage réalisé par des chercheurs de l’EMNS (Ecole des médias et du numérique de la Sorbonne), avec le soutien d’UniFrance, présente une analyse inédite de l’évolution des films présentés depuis une décennie dans dix festivals internationaux. Ces festivals, qui restent le lieu de légitimation du film comme œuvre artistique, un maillon essentiel d’une mécanique économique précise et le reflet de la géopolitique mondiale, offrent un miroir saisissant des mutations du cinéma d’auteur dans le monde.

12 501

Chiffres clés

films récents

30% ont visité plus d'un festival sur la période (2008-2018)

165

pays producteurs

Des financements américains, français et allemands sont présents dans 4870 films différents, soit 39% des films récents
(2008-2017)

9 641

réalisateurs

24% de femmes / 76% d'hommes
(2008-2018)

261

langues

Les langues anglaise, espagnole et française sont parlées dans 67% des films
(2008-2018)

2 509

films de festivals diffusés sur Netflix

22,3% des films présentés en festivals entre 2009 et 2018 ont été diffusés sur Netflix entre 2015 et 2018

Les femmes

des progrès mais peut mieux faire

Sur la période étudiée, le constat est sans appel : plus de trois quarts des réalisateurs sélectionnés sont des hommes. Cependant, la situation évolue en fin de période ; dès 2017, les réalisatrices sont plus présentes dans les sélections, et cette tendance se confirme en 2018 puisque les femmes représentent 28 % des cinéastes sélectionnés contre seulement 19% en 2008. Sur l’ensemble des festivals, Sundance et Berlin sont ceux qui, en 2018, ont le taux de présence féminine le plus important (37 et 35%).

Outre les données de présence des réalisatrices dans les sélections, les inégalités par genre se dessinent également au travers d’une visibilité différente des films de femmes. Le nombre de films présentés en moyenne par une femme sur la période est en effet inférieur à celui d’un homme ; les hommes « bons clients » des festivals sont bien plus nombreux que les femmes « bonnes clientes ». La japonaise Naomi Kawase, femme ayant présenté le plus de films, est devancée par 14 collègues masculins.

La moindre visibilité des femmes dans les festivals s’observe également dans leur plus faible propension à recevoir un prix. Les femmes, qui ne représentent que 24% de l’ensemble des réalisateurs présents en festivals sur l’ensemble de la période sont encore plus minoritaires dans la répartition des prix puisqu’elles ne constituent que 19% des cinéastes récompensés par un prix majeur.

S’il est vrai que les festivals sont des agrégateurs de films déjà produits et ne peuvent compenser, à eux seuls, les inégalités en amont dès la formation des cinéastes et la recherche de financement pour la production, ils auront cependant, à l’avenir, un rôle majeur à jouer dans la visibilité des films réalisés par des femmes.


― Évolution de la part des femmes cinéastes
(tous festivals confondus)


― Cinq festivals montrent une nette augmentation de la part des femmes cinéastes en sélections depuis 2016


― Répartition des cinéastes ayant présenté un film ou plus selon leur genre

Les langues

entre réalisme économique et diversité linguistique

La langue anglaise, parlée dans 38% des films, est très largement surreprésentée par rapport au nombre de locuteurs natifs dans le monde. Elle témoigne de deux évolutions économiques. Tout d’abord dans des pays non-anglophones, certains réalisateurs font le choix de tourner en anglais afin de favoriser la circulation des films à l’international. D’autre part, la large représentation de l’anglais traduit l’importance des capitaux issus de pays anglophones, au premier rang desquels les États-Unis, dans la production cinématographique mondiale. La langue espagnole (parlée dans 15% des films) et la langue française (parlée dans 13% des films) sont également très présentes.

Si la plupart des festivals présentent une majorité de films en langue anglaise (Toronto, Sundance, Cannes, Locarno, Venise, Rotterdam, Busan et Berlin), la seconde langue utilisée est généralement celle du pays hôte. C’est pourquoi certaines langues, à l’image de l’italien, de l’allemand, ou encore du coréen, se révèlent surreprésentées en festivals au regard de leurs nombres de locuteurs respectifs.

Enfin, la diversité linguistique des films – au cours de la dernière décennie, 261 langues différentes ont été parlées dans les films programmés – exprime à la fois le poids accordé par les festivals à certaines cinématographies (Israël, Iran, Corée du Sud...) et la tendance récente à multiplier les langues parlées, au sein d’un même film, dans un souci de réalisme narratif.

Les langues les plus parlées à l’écran ne sont donc pas forcément les plus parlées à travers le monde. Sur la planète Festivals, l’allemand est plus parlé que le mandarin, le coréen plus courant que l’arabe, le suédois que le cantonais et l’on entend plus fréquemment du hongrois que du bengali.


― Répartition des films en fonction des langues


― Évolution du nombre de langues rares* en festivals

*Les langues considérées comme « rares » sont celles parlées dans moins de 50 films présentés en festivals entre 2008 et 2018.

Netflix

partenaire encombrant du cinéma d’auteur

Le cas de Netflix, plateforme de SVOD la plus emblématique à ce jour, illustre la relation complexe qu’entretiennent les festivals, et les films qui y sont présentés, avec les nouveaux acteurs du monde audiovisuel. La rencontre de Netflix avec le cinéma d’auteur présenté en festivals ne se limite pas à son activité de producteur. Les polémiques sur la possible participation des films produits par Netflix aux festivals internationaux qui construisent la notoriété d’un film masquent en effet d’autres facettes de sa relation avec le cinéma d’auteur, celles d’acheteur, de diffuseur et d’exportateur.

Les films présentés en festivals constituent une ressource essentielle dans laquelle la plateforme, contrainte d’acheter en masse pour étoffer son catalogue et maintenir sa croissance, puise abondamment. L’impressionnant pouvoir d’achat de Netflix lui a permis de devenir un client privilégié pour les ayants droit et sociétés de ventes internationales. Ainsi, près d’un quart des films présentés dans les dix festivals internationaux entre 2009 et 2018 ont été achetés par Netflix pour être diffusés dans au moins un des 13 pays étudiés. Dans ces acquisitions, Netflix privilégie certains festivals par rapport à d’autres : en volume, la plateforme alimente son catalogue essentiellement grâce à Toronto, Sundance et Cannes ; 45% des films présentés à Cannes entre 2009 et 2016 ont été diffusés sur Netflix entre 2015 et 2018.

Dans son activité de diffuseur, cet acteur monde ajuste sa politique aux enjeux locaux et ne propose par les mêmes films sur tous les territoires où le service est disponible, pour des raisons qui peuvent être stratégiques, d’adaptation aux publics locaux ou liées à la disponibilité des droits. A la date du 16 décembre 2018, le cinéma de festivals représente 16% du catalogue Netflix proposé aux abonnés dans les différents pays. Pour l’offre Netflix disponible sur le seul territoire français, le chiffre est sensiblement le même : 15%.

Enfin, en rendant accessibles des films à des millions d’abonnés dans le monde entier, Netflix joue également un rôle d’exportateur hors des salles traditionnelles de cinéma.

Contrairement au sentiment dominant, Netflix s’affiche incontestablement comme un acteur majeur du cinéma d’auteur, qu’elle produit, achète, diffuse et exporte, de manière non marginale, afin de séduire un large éventail d’abonnés. Ce constat laisse entier la question de la visibilité de ces films, de leur découvrabilité et des mécanismes de recommandation opaques qui parviennent à transformer l’offre en demande des internautes. De plus, la force d’achat de Netflix, comme de tous les concurrents potentiels qui se profilent dans l’univers mouvant de la SVOD, interroge sur la capacité de ces opérateurs à imposer à l’ensemble des acteurs de la filière audiovisuelle leurs conditions économiques.


― Répartition des films présentés en festivals de 2009 à 2018 et diffusés sur Netflix de 2015 à 2018


― Catalogues nationaux de Netflix étudiés

qui sommes-nous ?

L'EMNS – École des Médias et du Numérique de la Sorbonne – est un pôle pluridisciplinaire de recherche et de formation créé par l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en partenariat avec des entreprises et des institutions publiques.


Les auteurs


― Joëlle Farchy

― Grégoire Bideau

― Steven Tallec



Contact presse


― Marie Auburtin
   emns@univ-paris1.fr | 01 44 07 89 26



Remerciements


Les auteurs remercient Christian Grece, à l'Observatoire européen de l'audiovisuel, qui a fourni de précieuses informations sur l'offre du catalogue de films Netflix.



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