Les Matinales 2019 avec Jérôme Soulet

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Ce mercredi 2 octobre 2019, nous avons eu l’occasion de rencontrer Jérôme Soulet, Directeur Vidéo, Télévision et Nouveaux Médias chez Gaumont, accompagné de certains de ses collaborateurs: Anne Esteban Barriere, Directrice juridique adjointe à la direction du catalogue, Vincent Danon, chargé d’étude et veille institutionnelle, et Maxime Gruman, responsable France Vidéo et VOD.

À cette occasion, nous avons pu aborder plusieurs sujets liés notamment à l’actualité audiovisuelle. En effet, les bouleversements engendrés par l’arrivée des plateformes de VOD, créant de nouveaux modes de consommation audiovisuelle, ont amené les différents acteurs de ce secteur à réfléchir à de nouvelles mesures plus adaptées à notre environnement actuel.

 Après un rapide sondage à main levé sur nos habitudes de consommation de l’audiovisuel, Jérôme Soulet a poursuivit par un résumé du contexte concernant ce secteur et celui du cinéma. L’un des points clés de cette rencontre a été la chronologie des médias, en vigueur depuis 2009, et sa pertinence à l’heure de la VOD. Vincent Danon a énuméré les échéances importantes que les secteurs du cinéma et de l’audiovisuel connaitront d’ici 2022.

 

Projet de réforme de l’audiovisuel

Ainsi, nous avons évoqué, d’une part, le projet de réforme de l’audiovisuel nommé « projet de loi relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l’ère du numérique » qui devrait être présenté mi-novembre 2019 en Conseil des Ministres. Ce dernier a pour objectif de réformer la loi Léotard (1986) et d’insérer les plateformes de vidéos à la demande par abonnement (svod) dans le financement de la production cinématographique et audiovisuelle française, afin de réduire les distorsions de concurrence entre les services de télévision historiques et ces nouveaux services qui ne sont, pour l’instant, soumis qu’à très peu d’obligations.

 

Projet de loi de finance pour 2020

D’autre part, nous avons abordé le projet de loi de finance pour 2020, présenté très récemment, qui prévoit que tous les services de VOD (svod et tvod) seront taxés à hauteur de 5,15%.

 

 

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@EMNSorbonnepic.twitter.com/n2GuzPOUwm— Jérôme Soulet (@soulet_jerome) October 2, 2019

Directive SMA

Ensuite, une autre échéance importante arrivera le 19 septembre 2020: la fin du délai de transposition de la directive SMA (services des médias audiovisuels), prise par l’UE. Cette dernière prévoit un changement sur la manière dont les plateformes contribueront au financement. En effet, jusqu’à présent, les services établis dans un pays de l’UE n’étaient soumis qu’à la législation de cet état membre. Désormais, en ce qui concerne les obligations de contribution à la production européenne, si un service est établi dans un état membre mais qu’il vise un autre état membre, ce dernier pourra alors lui imposer des obligations de contribution à la production nationale sur la part du chiffre d’affaire réalisé dans le territoire.

Par ailleurs, le 10 mai 2021, le CNC publiera un rapport sur la manière dont la chronologie des médias a été appliquée. À partir de ce rapport, le 10 août 2021, soit 6 mois avant l’expiration de l’arrêté d’extension de l’accord sur la chronologie des médias, le ministre lancera une grande concertation sur la chronologie des médias. Il décidera alors s’il souhaite renouveler l’arrêté d’extension pour une durée de 3 ans ou s’il décide de le modifier.

Anne Esteban Barrière a elle aussi reconnu la période particulière que traversait l’audiovisuel et le cinéma français, marqués par des évolutions constantes qui obligent les acteurs de ces secteurs à s’inscrire dans une position attentiste notamment face à la réforme de l’audiovisuel.

Madame Barrière a aussi abordé les évolutions concernant le rôle des producteurs, avec l’arrivée de nouveaux partenaires qui bouleversent les rapports. Par exemple, ce qui change avec Netflix, c’est le passage du statut de producteur délégué (qui est garant de bonne fin) à celui de producteur exécutif. Cela se traduit par une perte de la maîtrise de la production, et par conséquent la relégation à un rôle de faiseur.

 

Tvod et Svod

Finalement, le troisième collaborateur de Monsieur Soulet, Maxime Gruman, nous a parlé du paysage numérique en France et aux USA. En France, le marché est dominé par la tvod c’est-à-dire la vidéo à la demande transactionnelle (location ou achat de film) et la svod (vidéo à la demande par abonnement).Ce marché représente en France en 2018 un chiffre d’affaire de 670 millions d’euros. La tvod pèse 33% et la svod 67% du marché digitale. Par rapport à 2017, la svod a augmenté de 83%. En effet, les services de svod souhaitent se démarquer en créant des contenus originaux qu’ils mettent en avant. A titre d’exemple, Netflix compte 150 millions d’abonnés dans le monde et son budget de production s’élève à 15 milliards de dollars dans la création de contenus, ce qui fait de cette plateforme le premier producteur au monde. Amazon Prime, quant à elle, compte 100 millions d’abonnés et dépense 6 milliards de dollars dans la création.

Cette rencontre aura été l’occasion pour nous de saisir l’importance des bouleversements qui se jouent dans les secteurs de l’audiovisuel et du cinéma, liés à l’arrivée de nouveaux services de vod. Nous remercions chaleureusement Jérôme Soulet et son équipe pour cette discussion très enrichissante et pour leur accueil. Pauline Nabais (étudiante  Master 2 ECN promo 2019-2020)