Les Matinales 2019 avec Mathieu Maire du Poset

Journaliste de formation, Mathieu Maire du Poset est très vite sorti des sentiers battus journalistiques des années 2000 pour partir à la découverte des médias numériques qui en étaient alors à leurs premiers balbutiements. Ses expérimentations successives sur le portail numérique du fournisseur d’accès internet Infonie, les campagnes en ligne de Jack Lang et Ségolène Royal et la version web du Magazine Marianne lui ont très vite fait prendre conscience du fort potentiel du numérique en termes de construction et d’animation de communautés autour des mêmes centres d’intérêt.

Bien que se montrant volontiers pédagogue, il s’est tout aussi souvent confronté à des générations de journalistes et de cadres dirigeants qui se confortaient dans leur pratique de l’écrit et du modèle économique qui lui suffisait, c’est-à-dire l’abonnement et/ou la vente en kiosque régulière en d’assez grandes quantités rentables –aujourd’hui difficile voire impossible à atteindre, souvent au détriment de la qualité et de la fraîcheur d’une information que le web est plus en mesure de suivre et de restituer en temps et en heure.

En 2012, changement de décor : Mathieu Maire du Poset rejoint l’équipe de la plateforme financement participatif Ulule, ce qui renforce et précise son intérêt pour les projets collectifs innovants non seulement en termes d’idées et de financements, mais également dans la relation qu’ils entretiennent avec leur communauté.

Fort de son expérience, il rejoint début janvier 2018 le projet du Tank Média, espace de coworking, de formation et de conseil destiné à favoriser et à stimuler le développement d’un entreprenariat média innovant et viable. Conscient qu’il n’existe pas un modèle économique parfait, comme il n’existe pas une seule bonne définition du journalisme et de l’information, MMDP met en avant le fait que pour exister comme pour subsister, les médias ont besoin de travailler leur image de « marque ». Pour lui, l’état d’esprit ne fait pas tout : tout projet entrepreneurial doit être motivé par un projet identifié et identifiable pour lequel ses acteurs sont prêts à consacrer leur temps et leur énergie, sans tomber dans le piège de l’autocentrisme. « Un média, c’est un produit, quelque chose qui rend service, qui a une utilité. Il faut se demander de quoi les lecteurs ont besoin, et de quelle manière le numérique peut rendre ça pratique ». Au risque d’encourager la constitution et l’entretien de communautés de « niche » attirées par une même information qui a tendance à devenir de plus en plus ciblée et spécialisée ? Pour MMDP, il n’y a rien de nouveau sous le soleil des médias. Les lecteurs ont toujours été attirés par une information qui leur plaisaient à la fois dans sa forme (télévisuelle, écrite) que dans son contenu (journaux politiquement orientés, presse spécialisée). Cependant, pour que les lecteurs puissent se tourner vers les offres qu’ils préfèrent et qui leur conviennent le mieux, quitte à les combiner librement, ces nouveaux médias doivent être honnêtes et transparents quant à leur intention et à leurs modes de financement. Un média ne peut jamais être absolument indépendant, ne serait-ce que du point de vue du projet politique ou de « société » qu’il défend. Qui plus est lorsqu’il peut être soutenu par des financeurs privés, attirés par les avantages que peuvent leur procurer la publicité hyper-ciblée rendue possible par ces nouveaux médias : « Il faut alors l’assumer, et prévenir le lecteur lorsqu’il s’agit d’un partenariat rémunéré ou d’un publireportage », assure Mathieu Maire du Poset.

Pour le moment, le Tank Media a déjà une philosophie et un lieu de travail, au 22 bis rue des Taillandiers, dans le 11ème arrondissement de Paris, pour la mettre en œuvre. Tandis que les médias traditionnels réussissent à effectuer leur mue vers le numérique, nul doute que le web continuera de regorger d’offres médiatiques de qualité : à condition qu’elles sachent aller à la rencontre de publics aux attentes à la fois diverses, mais toujours exigeantes.

Lucille Simonin (étudiante Master 2 ECN - promo 2019-2020)