LES MATINALES AVEC ALAIN SUSSFELD

Directeur Général du Groupe UGCAlain-Sussfeld

16 novembre 2016, 9h30
Lieu : EMNS - 20 rue Berbier du Mets 75013 Paris

Le mercredi 16 novembre, les étudiants de l’EMNS ont pu rencontrer Mr Alain Sussfeld, Directeur Général d’UGC depuis maintenant 40 ans. UGC est aujourd’hui l’un des plus grands groupes de production, distribution et d’exploitation cinématographique. Pour sa partie exploitation, l’entreprise est principalement implantée dans les grandes villes. A titre d’illustration, UGC détient environ 15% du marché national français mais 30% du marché parisien. La force de ce groupe est d’avoir une activité diversifiée lui permettant de résister aux évolutions et nouveaux acteurs (CANAL +, DVD, …).

La discussion s’est d’abord dirigée sur les enjeux de l’exploitation cinématographique dans les salles de cinéma. Tout d’abord sur la question de la concentration : il est vrai que ce secteur est constitué de grands groupes qui rassemblent différentes activités cinématographiques (Gaumont, UGC, etc…). Selon Mr Sussfeld, le développement du marché passe par les villes moyennes et petites, et non pas par les grandes villes où seul sont présents ces gros exploitants. L’enjeu principal se trouve donc dans l’augmentation de la fréquentation des salles de cinéma, malgré la forte concurrence. Les 210 millions de spectateurs représentent ici un bel espoir car ils ont augmenté ces 20 dernières années. Cependant, qu’est ce qui peut expliquer un chiffre aussi conséquent à l’ère des chaînes payantes et du téléchargement ? Mr Sussfeld évoque l’importance de l’expérience collective et du partage devant une œuvre cinématographique. La télévision, en devenant un média atomisé, a perdu sa mission de rassemblement, et ce au profit du cinéma.

Concernant l’activité de production, le Directeur Général d’UGC considère qu’un trop grand nombre de films sort par an alors que la fréquentation en salle stagne. Ce chiffre rend l’installation d’un film en salle très compliquée, et donc se pose la question de la diversité des films projetés. En effet, c’est une des satisfactions en France, pays qui diffuse à 50% des films américains et étrangers contre autant de films nationaux, alors que dans d’autres pays, le partage se fait aux alentours de 75-25%. L’image d’un cinéma se fait sur sa programmation et la diversité des œuvres; c’est pour cela que la politique d’UGC réside dans le fait de limiter le "turn over" des films et de laisser le temps aux films de trouver leur public.

Cette forte production en France (600 à 700 films) est notamment dû au système de production français. En effet, la production est très dépendante du financement par Canal + qui consacre environ 12% de son chiffre d’affaire à la production d’œuvres francophones. Si Canal+ voit actuellement son nombre d’abonnés diminuer, c’est tout le système du financement du cinéma qui est remis en cause.

La discussion s’est ensuite portée sur la polémique de la carte illimitée. Malgré un départ houleux, la carte s’est aujourd'hui imposée :  elle permet de diversifier le choix de films pour ceux qui la possèdent tout en lissant la consommation sur la semaine et la journée et fidélisant les consommateurs. L'avantage pour ces derniers est un prix fixe peu importe sa consommation, et cela permet à UGC de recevoir 270€/an, là où un client paye en moyenne 20€/an. La critique de la concurrence déloyale est aujourd’hui caduque puisque tous les cinémas sont en droits d’accepter la carte et UGC ne peut les refuser.

Ainsi leur stratégie à long terme est de continuer à diversifier leur activité, notamment grâce à des partenariats avec l’Opéra de Paris, mais également son offre des films projetés, tout en respectant le produit et en lui laissant le temps de s’installer, privilégiant alors la rareté à l’opulence dans le nombre de lieux de diffusion. Dans un même temps, UGC est dans une logique de renforcement du réseau actuellement en place pour offrir un choix de lieux où il y a des marges de progression.

Crédits photo : lejdd.fr