Les Matinales avec Christophe Girard

Adjoint à la maire pour la culture, à la Mairie de Paris

Christophe Girad

24 janvier 2019, 9h30

Lieu : Hôtel de Ville de Paris

Le Master ECN a eu le plaisir d’être reçu par Christophe Girard, dans son bureau à l’Hôtel de Ville de Paris, le mercredi 24 janvier. C’est un véritable passionné, un « homme de culture », que nous avons rencontré ce jour-là, dans son bureau richement décoré d’œuvres d’artistes contemporains, dont il est un grand amateur.

La Nuit Blanche, l’un de ses plus fameux projets, a été le principal sujet dont nous avons discuté, et cela a été l’occasion pour lui de nous décrire, avec une sincérité et un lyrisme peu communs, les sources qui l’ont inspiré.

C’est tout d’abord avec l’évocation d’un voyage à Leningrad, dans l’ancienne Union soviétique, que Christophe Girard commence son récit. Durant la période qui entoure le solstice d’été, les nuits se font presque absentes, créant une ambiance propice à la création, à l’éveil des sens et à l’émerveillement perpétuel. C’est de la volonté de recréer cette atmosphère à Paris qu’est venu à Christophe Girard le concept de la Nuit Blanche, afin que « Paris non plus ne s’endorme pas ». Le nom même de l’événement puise lui aussi ses sources en Russie, puisqu’il a été repris du titre d’une nouvelle de Fiodor Dostoïevski, Les Nuits blanches, que Christophe Girard n’avait pas manqué de mettre en évidence sur la table autour de laquelle nous discutions.

A ces inspirations d’ordre presque poétiques, la Nuit Blanche mêle un véritable projet politique : il faut investir des lieux non-conventionnels pour « tendre un piège aux Parisiens » et « faire tomber la timidité » afin qu’ils se réapproprient la ville. Avec cinq ans d’avance (la première Nuit Blanche a eu lieu en 2002), on retrouve ici l’idée du droit à l’accès et à la participation à la vie culturelle énoncé dans l’article 5 de la Déclaration de Fribourg.

D’ailleurs Christophe Girard n’a eu de cesse d’insister sur la nécessité toute démocratique d’abandonner « l’idée bourgeoise » selon laquelle il serait nécessaire d’avoir une formation ou un bagage culturel particulier pour pouvoir apprécier et juger l’art : tout le monde a un esprit critique. Un jugement ne doit pas être dévalorisé en raison de la position sociale de son émetteur. Se délester de ce préjugé est une étape nécessaire pour permettre à tous d’accéder à la culture et faire tomber les barrières des institutions, comme le fait la Nuit Blanche. Si Christophe Girard insiste autant sur ce point, c’est parce qu’il est convaincu du pouvoir transformateur qu’a l’art sur l’esprit et la vie humaine, de sa capacité à nous élever collectivement.

Finalement, c’est à nouveau une formule de Dostoïevski qui nous vient pour décrire cette rencontre et la vision politique de la culture que défend l’adjoint à la Maire de Paris : « La beauté sauvera le monde. »