Les Matinales avec Frédérique Dumas

frederique-dumas-emnsVice-présidente de la commission des affaires culturelles et de l'éducation

19 janvier 2018, 9h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la Sorbonne

A la croisée entre politique et culture, Frédérique Dumas a évoqué avec nous son parcours et sa vision sur les principaux enjeux du secteur de la culture aujourd’hui.

Diplômée de l’Université Paris II Panthéon-Assas en Techniques de l’information et de la communication, elle s’oriente d’abord vers le domaine des relations internationales. Mais, lorsqu’elle intègre en 1986 le cabinet du ministre de la Culture et de la Communication, François Léotard, sa carrière se précise. Frédérique Dumas se consacrera, dans une combinaison désormais indissociable, au monde politique et au secteur de la culture. Chargée de mission pour le domaine du cinéma et des musiques actuelles, elle développe une politique globale qui vise à intégrer les entreprises du secteur. Sur ce modèle, le gouvernement en coordination avec l’industrie du disque organise une baisse de la TVA sur le nouveau produit de l’année 1987, le CD.

Entrée chez Polygram Audiovisuel, le début de sa carrière cinématographique s’amorce. Rapidement, Frédérique reprend une filiale de production de Polygram avant de devenir indépendante. En accord avec Polygram et Studio Canal, sa boîte de production conserve une marge de liberté sans s’exposer à des problèmes de trésorerie. Dans le même temps, Frédérique poursuit son activité politique et sera pendant huit ans maire adjointe à Antony. A la tête du BLIC, elle suit de près la situation du secteur cinématographique, qui se complexifie à la fin des années 1990. TPS vient remettre en question le monopole de Canal +, alors que le mode de fixation de la chronologie des médias repose désormais sur un accord interprofessionnel. Quand Canal + remet en question ses obligations du fait de la concurrence de TPS, Frédérique Dumas défend la nécessité d’une responsabilité partagée qui engage les deux chaines payantes. Ceci d’autant que ces obligations sont au cœur du système de financement du cinéma français, garant de l’exception culturelle.

Frédérique Dumas est appelée par France Télécom, aujourd’hui Orange, pour développer la stratégie du géant des télécoms qui se lance alors dans l’audiovisuel. Elle renouvelle entièrement l’image de l’opérateur français, dans un milieu où il paraissait comme tirant profit la culture sous forme de produit d’appel. Sous l’impulsion de Frédérique, Orange Studio est fondé et participe à la coproduction de films notables tels Les Beaux Gosses, Gainsbourg, vie héroïque ou encore The Artist. Travailler en collaboration avec des acteurs déjà implantés sur le marché, dont France 2, France 3 ou encore Pathé, s’avère une stratégie payante. Grâce à l’expertise et la vision globale de Frédérique, l’opérateur prouve ainsi sa volonté de s’associer avec les boîtes de production existantes, mais se montre également résolu à financer la culture.

En parallèle, Frédérique poursuit sa carrière politique en tant que conseillère régionale d’Ile-de-France avant d’être élue en juin 2017 députée des Hauts-de-Seine. Le Parlement s’est récemment saisit du débat sur la chronologie des médias, en situation de blocage. Face à la profession qui ne parvient pas à s’accorder, la commission à la culture du Sénat a évoqué en juillet dernier la possibilité de légiférer, à l’issue des six mois octroyés au médiateur Dominique d’Hinnin pour parvenir à un accord. Légiférer sans l’adhésion du secteur n’est pas une solution souhaitable pour Frédérique Dumas, qui en appelle à un mode de négociation renouvelé. Frédérique défend l’expérimentation de propositions alternatives à la chronologie des médias actuelle sur des zones géographiques limitées. Propositions qui pourraient s’étendre au territoire français dans son ensemble si elles s’avèrent viables. Par ailleurs, Frédérique souhaite revenir sur l’interdiction de promotion des œuvres cinématographiques à la télévision. Face à une promotion des films qui passe aujourd’hui essentiellement par l’invitation des personnalités les plus célèbres à la télévision, ce qui favorise les films à gros budget, Frédérique défend une publicité régulée garante de la diversité culturelle.

Les étudiants du master ECN remercient chaleureusement Frédérique Dumas pour son déplacement au sein de notre école.

Victoria Vaz