Les Matinales avec Laurence Clerc

Productrice chez Alcatraz Filmslaurence-clerc-alcatraz

15 novembre 2017, 9h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la Sorbonne

Les étudiants des masters D2A et ECN ont eu la chance de rencontrer Laurence Clerc, productrice de films depuis une vingtaine d’années, actuellement chez Alcatraz Films.

Laurence Clerc ne se destinait pas à travailler dans l’industrie cinématographique : elle suit des études de droit public et est diplômée de Sciences Po Paris et de l’Université de Columbia. Elle s’imagine dans le financement de projets, dans l’architecture ou les travaux publics par exemple, en vue de créer des choses à partir de rien. Mais en postulant chez Canal+, elle se voit embarquée dans la création de la société de production Fidélité Films aux côtés d’Olivier Granier et de Dominique Farrugia. Pour elle, la force du premier est son sens aigu des affaires, tandis que le second est un dénicheur de talents hors pair. Fidélité produit notamment le premier film de Michel Hazanavicius et offre à des acteurs comme Kad Merad, Manu Payet ou Bérénice Béjo leurs premiers rôles.

Malgré des années très riches au sein de cette société, qui croît rapidement, Laurence Clerc souhaite désormais mener à bien ses propres projets artistiques. C’est pourquoi elle crée en 2011 avec Olivier Thery Lapiney la société Alcatraz Films, qui démarre avec La Vie d’Adèle, Chapitres 1 et 2. Lui s’occupe plutôt des aspects artistiques, elle des problématiques financières et contractuelles. Tous deux collaborent avec différents réalisateurs, l’auteur “locomotive” étant Claire Denis ; ils s’efforcent de faire du sur-mesure à chaque projet.

Laurence Clerc confie qu’il est frustrant pour un producteur de ne pas pouvoir être à l’initiative d’un projet cinématographique. Pour elle, la Nouvelle Vague a mis l’auteur-réalisateur sur un piédestal, d’où une certaine surprotection du droit d’auteur. En effet, le droit d’auteur est plus favorable au réalisateur et très centré autour de sa personne, et les producteurs, eux, ne peuvent que très difficilement être reconnus comme coauteurs des films. Rares sont les producteurs associés à une idée originale en France, à l’exception de quelques figures telles que Claude Berri. Chez Alcatraz, le développement d’un projet avec la Chine est actuellement l’occasion d’échapper à ce cadre réglementaire et d’expérimenter le développement d’un projet d’initiative producteur.

Aux États-Unis, le rôle du producteur au regard du droit d’auteur fait qu’il est beaucoup plus facile de développer des projets d’initiative producteur. En effet, le producteur est considéré comme le seul auteur au regard de la loi. Ainsi, dans des sociétés telles que Disney ou Pixar (rachetée par Disney en 2006), l’initiative des projets vient toujours du producteur. Ed Catmull, président de Walt Disney Animation Studios, affirme que pour Frozen, “l’organisation marketing s’est complètement alignée sur le projet au niveau mondial, en s’appuyant sur les précédents succès”. Pour Laurence Clerc, on va s’éloigner de l’économie patrimoniale, où on cède les droits d’exploitation, pour aller vers une intégration progressive de la filière. Création et marketing seront-ils bientôt autant liés en France qu’aux Etats-Unis ?

Nous remercions Laurence Clerc de son déplacement au sein de l'EMNS et pour toutes ces discussions sur son métier.

Solène Caron, Juliette Le Ruyet, Irénée Benoit