Les Matinales avec Martin Ajdari

Directeur Général des médias et des industries culturellesMartin-Ajdari

22 novembre 2017, 10h
Lieu : Ministère de la Culture

Parcours

Actuellement à la tête de la direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), Martin Ajdari est à la fois diplômé de l’Ecole supérieure de commerce de Paris et de l’institut d’études politiques de Paris. Et ce, avant d’être diplômé de l’Ecole nationale d’administration (promotion René Char, 1993-1995).

Après quelques années passées au sein du bureau Europe et au ministère de l’Économie, Martin Ajdari se tourne vers le secteur des médias et de la culture. Il devient successivement Directeur administratif et financier de Radio France Internationale et de l’Opéra de Paris, avant de rejoindre France Télévisions en 2010. Puis en mai 2014, il est nommé Directeur du cabinet de la ministre de la Culture et de la Communication d’Aurélie Filippetti, puis de Fleur Pellerin, avant de prendre la direction de la DGMIC (direction générale des médias et des industries culturelles).

Qu’est-ce que la DGMIC ?

La direction générale des médias et des industries culturelles occupe une place importante au sein du ministère de la culture. Elle intervient dans de nombreux domaines tels que l’industrie phonographique, le livre et la lecture mais aussi les médias (audiovisuel et presse écrite).

Aux côtés de la direction générale du patrimoine, et de la création artistique, cette direction a pour mission de fournir tous les éléments de décision, de communication et de conception de politiques publiques, que le cabinet du Ministère de la Culture a besoin.

La DGMIC, en accord avec des objectifs préalablement fixés, se doit de favoriser la diversité de la création en France. Soutien à la diversité qui se traduit par des interventions économiques et aides financières. Par exemple, les fonds de soutien à l’expression radiophonique permettent d’assurer un maillage dense et fort de l’ensemble des stations de radio sur l’ensemble des territoires.

Quels leviers d’intervention pour la Direction Générale des Médias et des Industries Culturelles ?

Pour atteindre ses objectifs en terme de diversité culturelle et de diffusion, la DGMIC peut s’appuyer sur trois types de leviers.
Tout d’abord, la régulation et l’intervention juridique. En effet, elle peut légiférer, comme par exemple avec le Prix unique du livre ou encore le code de la Propriété Intellectuelle.
Ensuite, elle peut intervenir de manière économique en apportant un soutien financier. C’est le cas des aides à la presse pour le pluralisme, mais aussi du fonds de soutien à l’expression radiophonique ainsi que le crédit d’impôt phonographique.
Enfin, elle peut avoir un rôle de tutelle et donc opérer un suivi stratégique des gros acteurs culturels, tels que l’AFP, la Bibliothèque Nationale Française, le centre Pompidou ou encore le centre national du livre.

Cependant, Martin Ajdari explique que la DGMIC utilise de plus en plus une politique de “Soft Law” pour encadrer de manière non-contraignante les différents secteurs culturels, notamment sur les questions de droits d’auteurs.

Le soft law, est un ensemble de règles dont la “juridicité” est discutée car il consiste en des règles de droit non obligatoires. Un texte relève donc du soft law quand il se contente de conseiller, sans poser d’obligation juridiquement sanctionnée. Ce sont donc des textes de droit non contraignant et pouvant être librement interprétés. Le soft law laisse ainsi aux juges la liberté de décider si une disposition est obligatoire ou non.

L’aspect non juridique du soft law réside dans le fait qu’il repose sur des sources non législatives et non réglementaires telles que les déclarations de politique en matière d’éthique, les communiqués, les lignes directrices d’organismes professionnels ou gouvernementaux comme la DGMIC. On peut l’illustrer par la volonté de la Commission Européenne de lutter contre les “fake news” en recommandant un partenariat entre Facebook et les collectifs de journalistes.

En d’autres termes, la DGMIC et par-là le ministère de la culture devient l’instigateur de la mise en place de chartes et adopte plutôt un rôle de médiateur dans les conflits qui opposent les acteurs des industries culturelles. Comme ce fût le cas en 2015, avec l’intervention de Marc Schwartz en tant que médiateur dans la mission de fixation des rémunérations des artistes, en ce qui concerne la musique en ligne.

Finalement, loin d’intervenir uniquement en France, l’action de la DGMIC s’insère dans des problématiques qui traversent l’ensemble du territoire européen. C’est dans ce cadre que la France est intervenue dans les négociations de la directive SMA (Services de médias audiovisuels). La révision de cette directive va permettre d’imposer à des services de vidéos à la demande, des obligations de contribution à la production ainsi que des quotas de présence d’oeuvres européennes dans les catalogues de cette plateforme. Cette nouvelle version de la directive SMA inclut également des obligations de protection des jeunes publics, de la protection de la dignité de la personne et de lutte contre les stéréotypes sexistes. C’est rendre par ce renforcement de la directive, les plateformes d’hébergement « responsables ». Ils n’auraient plus alors une responsabilité limitée.

La promotion du Master 2 Économie de la culture et du Numérique tient à remercier Martin Ajdari pour son temps et sa gentillesse.
Mehdi Marguillier & Annabelle Le