Les Matinales avec Mathieu Davoust et Caroline Delaude

mathieu-davoust-proartiResponsable de la communication et des partenariats (Mathieu Davoust) / Avocate-conseil (Caroline Delaude) chez Proarti

6 décembre 2017, 9h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la Sorbonne

Très humblement, Mathieu Davoust est venu ce mercredi 6 décembre nous raconter son expérience au sein de la plateforme de financement participatif et de mécénat Proarti. En compagnie de l’avocate Caroline Delaude, il nous a expliqué les spécificités de la structure et nous a parlé de l’actualité de l’entreprise.

Diplômé de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 2015, Mathieu Davoust trouve rapidement sa place chez Proarti. Arrivé dans l’entreprise dans le cadre d’un service civique, il a décidé d’y rester. Depuis, il s’occupe principalement de la communication et des partenariats et entretient des contacts à la fois avec le public, les institutions culturelles et les institutions financières pour mener à bien ses missions variées. L’avocate Caroline Delaude quant à elle, est spécialisée en droit de la propriété intellectuelle. Siégeant au conseil d’administration de Proarti, elle est responsable des questions juridiques et a suivi l’évolution de l’entreprise depuis sa création.

Proarti voit le jour en 2009 sous la forme d’un fonds de dotation créé par Grégoire Harel, une personnalité du spectacle vivant. Grâce à une bourse accordée par le Ministère de la Culture suite à un appel à projets, le fonds se développe et devient une plateforme de financement participatif et de mécénat en 2012. Spécialisé dans la création artistique, Proarti accompagne des porteurs de projets dans leur stratégie de collecte de fonds. Il se distingue des autres acteurs du secteur grâce à sa stratégie de financement de projets par paliers et à sa proximité avec les entrepreneurs. D’un autre côté, Proarti mène des actions de mécénat, permises notamment par la souplesse de son statut de fonds de dotation. De plus, en créant des partenariats avec des organismes publics, comme avec la ville de Rennes par exemple, la plateforme développe un modèle original qui renouvelle la manière de faire du mécénat en France.

En effet, bien que dynamisées en 2003 grâce à la loi Aillagon, les initiatives de mécénat sont encore moins fréquentes en France qu’outre-Atlantique. Malgré des mesures plus souples, qui bénéficient à la fois aux fondations et aux fonds de dotation - loi de 2008 - et qui permettent aux donateurs une défiscalisation avantageuse, le soutien aux projets artistiques souffre de quelques inconvénients. De manière générale, ce sont souvent les projets les plus médiatiques et reposant sur des institutions reconnues qui attirent la majorité des mécènes, créant une inégalité de financement récurrente que des plateformes comme Proarti s’attachent à résoudre en soutenant un grand nombre de projets viables ayant une faible notoriété. Par ailleurs, les initiatives individuelles sont encore marginales si l’on compare la France aux Etats-Unis par exemple, où les dons provenant de personnes physiques sont réguliers. Or dans une logique d’expression artistique, où des projets de petite et moyenne ampleurs voient le jour et peuvent intéresser des personnes d’horizons variés, le mécénat atteint ses limites et le crowdfunding apparait comme une judicieuse solution.

C’est le pari fait par Proarti pour la création artistique et notamment le spectacle vivant. Le recours au financement participatif permet à la fois aux associations, entreprises ou individus de récolter des fonds grâce à la générosité du public, et de bénéficier, si le projet est éligible au mécénat, de la défiscalisation. Grâce à cette particularité juridique et au système de paliers dans le financement, Proarti affiche un taux de réussite de collecte supérieur aux autres plateformes de crowdfunding (entre 85 et 90%).

Cependant, le statut de fonds de dotation signifie que Proarti doit avoir un but non-lucratif, et l’empêche donc de recevoir des subventions et de reverser des dividendes. Le financement de la plateforme elle-même est ainsi parfois difficile, et Proarti a régulièrement recours au crowdfunding pour soutenir son activité. La stratégie de croissance du fonds repose sur le développement de partenariats publics et privés, de différents services hors crowdfunding et sur l’éventuelle élaboration d’une plateforme de mise en relation des artistes avec leur public et les professionnels. Mathieu Davoust a également évoqué la possibilité d’intégrer le nouvel outil de crowdfunding de Facebook au leur, ce qui permettrait d’atteindre un public plus large.

Les étudiants du Master Économie de la culture et numérique remercient vivement Mathieu Davoust et
Caroline Delaude pour ce temps accordé et ces échanges enrichissants.
Grégoire Bideau & Solène Jehl