LES MATINALES AVEC MICHEL GOMEZ

Délégué de la mission cinéma de la Mairie de Parismichel-gomez-paris

6 janvier 2017, 9h30
Lieu : EMNS - 20 rue Berbier du Mets 75013 Paris

Vendredi 6 janvier 2017, les étudiants du Master 2 Économie de la culture et Numérique ont rencontré Michel Gomez, délégué de la mission cinéma de la Mairie de Paris. Cette matinée-rencontre s’est déroulée autour de trois grands axes : son parcours, le lien entre les problématiques culturelles et économiques ainsi que les transformations des politiques culturelles dues aux mutations numériques.

Michel Gomez, économiste de formation, chercheur puis enseignant touche au domaine de la culture dès 1988 en tant qu’administrateur de la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes. Profondément orienté vers les problématiques économiques des secteurs pour lesquels il a travaillé, il se présente comme un économiste de la culture pour qui les dimensions économiques et industrielles ne peuvent être dissociées des secteurs culturels.

A travers ses différentes expériences professionnelles, il a exposé les véritables enjeux, les problématiques et les défis qui animent le secteur cinématographique en France et à l'étranger. Économie de prototype, le cinéma a besoin d’une régulation pour passer d’une situation d’incertitude à une économie du risque. Face à des marchés américains et chinois très protectionnistes, la France s’appuie sur l’exception culturelle pour protéger le sien.

Depuis 2008, à la mission cinéma de Paris, Michel Gomez a pour objectif de préserver la richesse de l’offre cinématographique dans la capitale et de développer une politique de soutien au cinéma à travers deux activités principales : les tournages et l’accompagnement des salles de cinéma notamment dans leur transition numérique. Avec une vision de l’exploitation des salles de cinéma innovantes, il a su impulser le renouveau. Pour lui, les salles de cinéma sont un outil d'urbanisme formidable avec des effets externes positifs qui permettent de développer les commerces et donc tout un quartier. On est ici, typiquement, dans une logique de levier économique où les villes doivent créer les conditions favorables aux investissements privés et cela passe par la création de nouveaux quartiers urbains et dynamiques qui attireront les exploitants. Dans ce cadre, Michel Gomez accompagne les rachats de salles et leur modernisation surtout dans les quartiers anciens à travers des aides financières. Il a notamment indiqué que ce soutien passe aussi par un accompagnement pour une transition numérique des salles de cinéma en aidant l'achat de nouveaux projecteurs. Le cinéma étant la première activité culturelle des parisiens, attirant toutes les classes sociales et d'âge, l'implantation de salle est du pain béni pour les maires d'arrondissements. De plus, les tournages ayant lieu dans la ville de Paris sont des outils de promotion de la ville gratuit par cette dernière et qui rapporte même de l'argent à la ville via des redevances.

Il est intervenu également sur une problématique majeure au coeur des questionnements des professionnels et qui anime de même notre formation : les enjeux du numérique. Il a engagé cette discussion sur la transition numérique des salles de cinéma qui est passée par la disparition des pellicules et la possibilité pour les exploitants indépendants de diversifier leur programmation. Dans cette optique, le numérique conduit à faire évoluer la profession de l’exploitant et son métier de programmateur ainsi qu’à revoir les alliances entre acteurs. Le numérique change les usages comme l’atteste son étude sur l’utilisation du numérique au sein des bibliothèques et conservatoires parisiens. La France, aujourd’hui, fait face à un retard considérable vis-à-vis de ses voisins européens où les lieux culturels se sont transformés au profit de l’expérience des usagers, faisant de la culture et de son offre une prestation de service mieux adaptée à la demande et à l’économie du milieu. Véritablement, la difficulté se trouve dans la définition même de l’idée que l’on se fait du “numérique”. Si pour certains la numérisation n’a pour utilité que la conservation du patrimoine quel qu’il soit, cela n’a pas grand intérêt et la transition numérique n’est pas effectuée dans les meilleures conditions. Le sujet de la démocratisation culturelle n’est pas en reste face à ses mutations. Principe fondamental de la politique culturelle française depuis les années 1950, elle n’est pas nécessairement favorisée par les évolutions numériques qui entretiennent les inégalités économiques et sociales. Michel Gomez, souligne donc l’importance de la manière dont le numérique est utilisé.

Pour Michel Gomez, le secteur culturel est assez conservateur; il y règne une suspicion contre le management qui viendrait polluer la pureté de la création. Pour autant, il nous invite à mettre en avant notre regard d’économiste dans chaque situation professionnelle que nous rencontrerons.

Crédits photo : lefilmfrancais.com