Les Matinales avec Thomas Thévenin

Directeur marketing chez e-cinema.comthomas-thevenin

8 novembre 2017, 9h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la Sorbonne

C’est avec une grande franchise et un engagement avoué pour le cinéma d’auteur que Thomas Thévenin est venu nous parler de son parcours et du projet e-cinema.com qu’il représente en tant que directeur marketing.

Thomas Thévenin débute sa carrière dans l’agence de conseil en marketing Master Partenariat, dans laquelle il est en charge de la promotion de marques dans l’industrie cinématographique. Par la suite, il conserve ce poste dans l’agence Mercredi avant de rejoindre le groupe TF1. Sa passion pour le cinéma le conduit à intégrer le groupe Pathé. De responsable des nouveaux médias, il devient ensuite directeur marketing de ce département, avant d’ajouter la double casquette de directeur marketing vidéo. Très curieux et intéressé avant tout par le digital et les nouvelles technologies, Thomas Thévenin anticipe les défis que connait actuellement l’industrie cinématographique et tente d’orienter la stratégie du groupe vers un cinéma novateur, considérant les nouvelles formes de consommation qui se développent. C’est dans cette logique et grâce à son expertise en marketing digital qu’il rejoint l’équipe de e-cinema.com cette année.

La start-up e-cinema.com rassemble Frédérich Houzelle (Atlantis Télévision), Roland Coutas (Travelprice) et Bruno Barde (Festival de Deauville) et verra le jour le 1er décembre prochain. Imaginée comme la première salle de cinéma digitale, elle a l’ambition de rendre accessible, depuis tous types d’appareils, un catalogue de films d’auteur - pour la plupart étrangers - peu connus et de l’agrandir chaque vendredi. Dans la veine de plusieurs plateformes de vidéo à la demande par abonnement, e-cinema.com crée une rupture avec la chronologie des médias actuellement en place en France. La start-up souhaite, grâce à cette approche singulière, amorcer un changement d’opinion puis de stratégie dans la distribution du cinéma dans le pays. Le spectateur peut payer à l’unité un ticket virtuel de cinéma pour voir un film pendant les douze semaines suivant sa sortie sur la plateforme pour 3,99€. Il peut également payer un abonnement mensuel à 5,99€ pour avoir accès à la totalité du catalogue.

La création de la plateforme est motivée par l’évolution des modes de consommation. Avec la démocratisation du digital dans les foyers, le public a développé un appétit pour les contenus délinéarisés disponibles à tout moment sur internet. Le spectateur se sédentarise et limite ses sorties au cinéma, de ce fait il utilise des moyens légaux et illégaux pour voir des films depuis son ordinateur. E-cinema.com part du constat simple qu’il faut réinventer la distribution cinématographique pour la rendre plus moderne. En effet la salle de cinéma connaît un vieillissement de son public ainsi qu’un encombrement des films toutes les semaines. De manière générale, uniquement les films à gros budget restent plusieurs semaines à l’affiche, ce qui défavorise la diversité culturelle. La plateforme e-cinema.com propose de pallier à ce manque culturel en mettant à l’honneur des films d’auteur étrangers rarement exploités en salle. C’est une chance pour le producteur, qui est assuré de voir son film disponible sur une longue période. Selon Thomas Thévenin, ce type de pratique n’est pas une menace pour les exploitants car une sortie au cinéma reste un moment de convivialité et de collectivité irremplaçables. L’expérience que l’on peut avoir dans une salle de cinéma reste inégalée par l’écran d’ordinateur. La plateforme souhaite davantage capter un public déjà habitué au cinéma sur internet.

En sortant du schéma classique de l’exploitation en salle, la plateforme e-cinema.com se détache également de la chronologie des médias. Dans sa présentation, l’invité revient sur le bien-fondé de cette règle lors de sa mise en place dans l’industrie cinématographique en France. Il la compare à un cercle vertueux qui permet d’irriguer la totalité du monde du cinéma. La chronologie des médias en 2017 semble datée. Elle ne conçoit pas la possibilité d’exploiter un film sur internet directement après sa sortie en salle. On ne peut plus ignorer que c’est entre les mains des plateformes digitales que la vie d’un film se fait majoritairement aujourd’hui. Face à la concurrence forte de plateformes comme Netflix et Amazon, e-cinema.com se pose comme un complément pour les plus cinéphiles. Il n’est pas exclu qu’un film qui a du succès sur la plateforme soit diffusé à la télévision ou exploité en dvd. E-cinema.com envisage également à plus long terme de participer à la création de contenus originaux en fonction de la rentabilité de la plateforme.

Une autre thématique forte abordée pendant l’échange a été l’exploitation de données. Dans le secteur de la culture, les données personnelles récupérées en ligne ont pour but premier d’améliorer le produit ou le service proposé aux usagers. Un exemple parlant est celui des algorithmes de préférence de Netflix. Outre les aspects positifs qui en ressortent pour le distributeur et pour le consommateur, la question de la protection de la vie privée des individus est omnisciente alors que les transactions actuelles considèrent les données personnelles comme un produit du marché. La charte d’Allociné, stipule par exemple que les utilisateurs souhaitant accéder aux services de la plateforme doivent renseigner des données, qui sont ensuite collectées par l’entreprise et utilisées pour améliorer ses propres services ou transmises à des partenaires commerciaux. Or, dans une logique d’évolution qui porte le digital de plus en plus intensément, il est nécessaire de trouver des modèles pérennes, respectant à la fois la vie privée et permettant la création et la croissance d’entreprises novatrices. Le règlement européen qui entrera en vigueur en mai 2018 devrait apporter quelques réponses à ce sujet.

Nous remercions chaleureusement Thomas Thévenin pour ces discussions et son déplacement au sein de notre école.

Ophélie Schlumberger & Solène Jehl