Les Matinales avec Vittoria Matarrese

Responsable programmation culturelle et événements spéciaux au Palais de Tokyovittoria-matarrese-emns

1er décembre 2017, 9h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la Sorbonne

Architecte de formation, Vittoria Matarrese revendique un parcours non canonique et pluridisciplinaire en ceci qu’elle a œuvré dans différentes disciplines. Elle entame ses études en Italie, avant d’intégrer un programme Erasmus à Paris. Au cours d’un séjour Berlinois consacré au projet de reconstruction d'Alexanderplatz, elle rencontre Sasha Waltz, célèbre chorégraphe allemande. Cette rencontre est la première de nombreuses collaborations dans le domaine du spectacle vivant, se détournant ainsi définitivement de son domaine d’étude initial. C’est ensuite sa passion pour le cinéma qui force les portes de Canal +, des Cahiers du cinéma et Arte où elle travaille en tant que journaliste.

La qualité et la précision des interviews menées jusqu’ici conduisent Vittoria à travailler durant cinq ans à la Mostra de Venise en tant que responsable de la presse française puis internationale. C’est sa rencontre avec Frédéric Mitterrand, alors directeur de TV5 Monde, qui l’amènera à présenter deux émissions hebdomadaires sur le cinéma d’auteur. Rédactrice en chef et présentatrice, elle devient également productrice après avoir fondé sa propre société de production. Il s’ensuit une période de professorat au sein de l’École Supérieure d’Études Cinématographiques (ESEC) en parallèle de quoi, Vittoria intervient au sein de l’émission dédiée au septième art, Le Cercle, présentée par Frédéric Beigbeder sur Canal +. Après une carrière dans le milieu du cinéma où Vittoria eut l’honneur d’interviewer Monte Hellman, ou encore de rencontrer Claude Chabrol, sa vie professionnelle prend un tournant.

Nommée directrice artistique de la Villa Médicis en 2008, Vittoria parvient à y mettre en place une approche pluridisciplinaire. S’attaquant tout d’abord à la réhabilitation du lieu, tombé en décrépitude lors de sa prise de fonction, puis à la recherche de nouveaux mécènes permettant d’augmenter le budget alloué, c’est à travers un partenariat avec une grande maison italienne qui inaugure un espace dédié au sein de la Villa que s’illustre son engagement. Avec la volonté d’ouvrir le lieu au grand public par une programmation artistique riche, elle met en place expositions et festivals. Elle est notamment l’initiatrice du Festival de musique pop, rock et électro Villa Aperta. Le cinéma est également mis à l’honneur avec la première rétrospective de Jean Eustache en Italie. Le projet porté à la Villa Médicis a été apprécié par Olivier Kaeppelin qui prend la tête du Palais de Tokyo en 2010, et lui propose de le rejoindre. Ce nouveau virage est l’occasion pour elle de revenir à une dynamique de découverte d’un nouveau domaine, celui de l’art contemporain. Le lancement de la triennale, ainsi que du projet « Trente-heures » (l’entre-ouverture) en 2012 rencontre un véritable succès auprès du public, lui permettant d’obtenir son propre département, une équipe ainsi qu’un budget dédié aux arts vivants.

Vittoria Matarrese pose un regard décomplexé sur sa programmation artistique, ainsi que sur les performances qu’elle choisit de mettre en avant. À contre-courant des programmations proposées par les institutions traditionnelles, il faut prendre des risques en mettant en avant la jeune scène expérimentale, tout en maintenant une ouverture sur l’international. Elle privilégie de fait, plus que les œuvres elles-mêmes, la démarche artistique et préfère s’intéresser à la réflexion de l’artiste sur un sujet particulier. Selon elle, le Palais de Tokyo se doit d’être l’institution la moins institutionnelle possible. En effet, il existe très peu d’établissements culturels de cette envergure propices à l’expérimentation à Paris. C’est pourquoi il est important de décloisonner les supports, les outils, les modes d’expression et les disciplines. Ce point de vue est appuyé par les caractéristiques avantageuses du Palais de Tokyo, qui jouit d’une grande flexibilité en comparaison à ses homologues. En l’absence de collections permanentes et des caractéristiques architecturales minimalistes, l’espace s’adapte aux projets les plus ambitieux et novateurs. Vittoria défend une programmation contemporaine, réactive aux propositions d’une scène émergente et en adéquation avec le contexte politique et social.

Les étudiants du Master ECN remercient Vittoria Matarrese de ce précieux temps.
Victoria Vaz & Steven Tallec