Les Matinales avec Michel Gomez

Délégué de la Mission Cinéma de la Ville de Paris

9 janvier 2019, 9h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la SorbonneMichel GOMEZ

Lors de la Matinale, Michel Gomez, Délégué de la Mission Cinéma de la Mairie de Paris, nous a présenté certaines des grandes thématiques relatives à ses fonctions : la particularité française du domaine de l’audiovisuel, les actions de la Mission Cinéma et la gestion des tournages de cinéma en France, rendant notamment à Paris son attractivité.

M. Gomez doit, à travers sa vocation, composer avec les enjeux que représente le système administratif et culturel français. En effet, si un acteur étranger veut par exemple racheter un cinéma français, il doit traiter avec le système déconcentré des DRAC, du CNC, et de l’architecte des bâtiments de France. Le fonctionnement français des politiques culturelles se distingue de biens d’autres pays, comme en témoignent les débats sur le cinéma avec l’Allemagne, pays qui valorise une politique industrielle sans quotas. Selon M. Gomez, l’industrie du cinéma, aux coûts fixes, nécessite une régulation hors-marché pour éviter une situation de position dominante. Pour autant, le pays doit s’adapter aux nouveaux enjeux du marché et à l’institution d’un monde audiovisuel non-linéaire : est-ce viable d’interdire encore la diffusion télévisuelle de films le mercredi et le samedi ? Comment faire face au modèle particulièrement séduisant de Netflix ou à l’offre de Disney qui débutera l’année prochaine ?

Selon notre intervenant, la Mission Cinéma, créée en 2008, vient répondre à certaines de ces difficultés en ce sens qu’elle vient « simplifier les choses », en tant que petite unité (la Mission cinéma compte 13 membres) qui centralise les demandes et les signatures d’autorisation. Spécialisé dans l’économie des équilibres, Michel Gomez s’est attaché à donner à l’industrie du cinéma une dimension économique et numérique, supposant par exemple la facturation en ligne ou les outils de géomatique pour les tournages. Les responsabilités de la Mission sont multiples ; elle s’occupe de la gestion et restauration des salles indépendantes (à l’instar du Louxor dans le 19e arrondissement), contribue à la politique du cinéma ou encore œuvre à l’éducation à l’image. En ce sens, la Mission Cinéma, en travaillant avec le CNC et la DRAC, s’impose comme une institution unifiée, permettant de soutenir plus efficacement les initiatives françaises.

Cette Mission Cinéma propose également un réel accompagnement des projets de réalisation et distribution de films. Accueillir de plus en plus de tournages à Paris est un moyen de stimuler l’image symbolique de la capitale. Si ce ne sont pas les films qui attirent directement les visiteurs étrangers, M. Gomez explique que ces tournages permettent néanmoins de faire vivre Paris dans l’esprit des individus du monde entier, qui reste ainsi une métropole « actuelle ». Longtemps, les producteurs préféraient se rendre à Prague car la réalisation y était moins onéreuse. Cependant, avec l’arrivée de plus en plus de tournages de publicité et la baisse du crédit d’impôt, Paris se veut économiquement plus attractive et comptabilise aujourd’hui 5000 jours de tournages par an. A titre d’exemple, le tournage du dernier Mission Impossible à Paris en 2017, en tant qu’imposante production américaine, représente 450 techniciens sur 2 mois et des plateaux de plus de mille personnes. La Mission Cinéma organise alors l’avant-première du film au Trocadéro pour un budget de 15 millions d’euros. Ce tournage a aussi entraîné des externalités indirectes pour le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, d’un montant total de 7 millions de d’euros. La Mission Cinéma doit donc travailler à l’attractivité de Paris à l’international, mais aussi pérenniser la création cinématographique française et prestigieuse, tout en accompagnant celle-ci vers un nouveau modèle de développement numérique.

Les étudiants de la Promotion Aretha Franklin remercient chaleureusement Michel Gomez pour son intervention et pour tous ces échanges.