Rencontre avec Jérôme Coumet / "Le Street-Art"

Maire du 13ème arrondissement de Parisjerome-coumet-emns

22 décembre 2017, 14h30
Lieu : École des Médias et du Numérique de la Sorbonne

Qui ne s’est pas perdu dans ses pensées, sur la ligne 6, au contact de cette religieuse mystérieuse au voile orange et fleuri peint par le chilien INTI ? Ou bien en observant ce jeune garçon d’orient, que le globe-trotteur et artiste SETH a représenté la tête dans un tourbillon d’arc en ciel ?

Le Vendredi 22 décembre, les élèves du Master ECN rencontrent le maire du 13ème arrondissement de Paris, Jérôme Coumet pour comprendre les dessous de cette expérience artistique urbaine que les habitants, touristes et travailleurs vivent au quotidien, au contact des 35 oeuvres de grandes envergures du 13ème arrondissement.

Le développement du street-art dans le 13ème, est le fruit d’une collaboration entre les artistes et une mairie engagée. Cet arrondissement comptait le plus de galeries et d’ateliers d’artistes pendant les années 90’s-2000 dans Paris, mais cela ne se voyait pas.

street-art-13eme2Jérôme Coumet élu à la tête du 13ème arrondissement de Paris en Juillet 2007, a voulu donner plus de visibilité street-art. Né dans le 13ème arrondissement, le nouveau maire socialiste, voit en effet dans l’art urbain un outil pour faire converger plusieurs de ses missions : développer le tourisme dans le 13ème arrondissement, donner une visibilité à des artistes de renom, égayer l’architecture. Et, le 13ème se prêtait bien au développement de l’art-urbain de part certaines caractéristiques architecturales qui rendaient fabuleux et stratégique la production d’oeuvres murales de grandes envergures : la présence de tours, le métro aérien, les nombreux logements sociaux permettraient de donner une visibilité accrue aux murs.

C’est la rencontre entre Jérome Coumet et Mehdi Ben Cheikh, le directeur de la Galerie Itinérance qui initie la politique volontariste de la mairie en faveur de ce courant artistique.Après le succès d’un premier projet de fresque devant le commissariat, un partenariat est scellé pour attirer les plus grandes artistes d’art urbain du monde. Mais des questions se posent rapidement. L’art-urbain sera-t-il accepté par les riverains ? Comment obtenir l’appui des collectivités ? Des bailleurs sociaux ?


Convaincre les parties prenantes et les habitants : les défis de la production d’art urbain

Il a fallu procéder par étape et être convaincant pour que Paris accepte que ces œuvres soient peintes sur des murs publics. La stratégie de l’équipe de Jérôme Coumet a été d’insister sur le caractère “’éphémère” de celles-ci. En effet, n’ayant pas vocation à être éternelles, elles n’engagent pas la ville sur leur préservation, ou encore sur la rémunération des artistes. C’est aussi grâce à ce caractère éphémère que l’organisation des Architectes des bâtiments de France à décider donner l’autorisation de recouvrir des murs entiers.

Outre les institutionnels, le chalenge était de convaincre les habitants. Ce qui n’était pas évident de prime abord. La peinture de D-FACE, l’artiste londonien Dean Stockton représentant un squelette qui étreint sa compagne, a suscité de vives critiques des habitants. Par ailleurs, les co-propriétés étaient au début réticentes à l’idée de prêter leurs murs. Aujourd’hui, ce sont elles qui contactent la mairie pour demander de donner un peu de vie à leur façade. Plusieurs éléments expliquent ce retournement. La première explication est politique. La mairie met en place des consultations permettant de voter parmi trois croquis pour l’œuvre qui sera peinte. L’idée n’est pas de créer un modèle de démocratie participative autour du street-art, mais de permettre aux habitants de s’approprier plus facilement les œuvres en suivant le processus de production de l’œuvre, en assistant au travail de l’artiste. La seconde explication est plus économique et naturelle. Le street-art rend le quartier attractif, ce que de nombreux habitants ont pu réaliser. De nombreux conférenciers organisent ainsi des visites pour découvrir le Street-Art dans le 13ème arrondissement.

 

Un musée à ciel ouvert pour le 13ème arrondissement de Paris.street-art-13eme

C’est avec l’évènement de la Tour 13 que l’engouement autour du street-art dans le 13ème s’est fait sentir. Très médiatisé, il a joué en la faveur de la reconnaissance de cette politique et permet aujourd’hui à Jérôme Coumet de se lancer dans un projet d’une plus grande échelle : faire du 13ème arrondissement, le premier musée à ciel ouvert du monde et de Paris la capitale mondiale du “courant le plus important du 21ème siècle”. Les plus célèbres figures du street art sont ainsi invités à peindre. Aujourd’hui, 22 artistes parmi lesquels l’artiste montpelliérain Maye, l’irlandais Conor Harrington, l’artiste portugais Pantónio, le belge Roa, le crew chilien Alapinta ont mis leurs œuvres à l’édifice de ce projet.


Produire du street-art… comment ça marche ?

Pas de rémunération alléchante pour attirer les plus grands. “On paye les frais, le logement, l’avion, mais l’œuvre en elle-même n’est pas rémunérée” nous explique le maire du 13ème arrondissement et président de l’association”. Et, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le projet est plus associatif que municipal. En effet, c’est l’association APAPUC (ASSOCIATION DE PROMOTION DES ARTS PLASTIQUES ET URBAINS CONTEMPORAINS) qui produit les œuvres avec peu de moyens. D’utilité publique, et donc habilitée à émettre des reçus fiscaux, elle mobilise les entreprise locales pour les inciter à être mécènes du projet. Et, le fait de ne pas avoir de subventions, n’est pas un problème d’après Jérôme Coumet. Quand il faut faire avec les moyens du bord, on est amené à faire toute sorte d’actions, de l’installation des barrières de sécurité jusqu’au pliage des bâches… l’aventure devient encore plus intéressante et vivante, relate l’élu.

Faire avec des moyens limités peut aussi rimer avec politique ambitieuse. En effet, le musée à ciel ouvert est plus qu’un projet artistique. C’est aussi un projet de développement économique qui s'appuie sur un maillage de lieux culturels privés. Il faut permettre aux acteurs de venir d’eux-mêmes dans l'arrondissement et de créer autour du musée à ciel ouvert un vrai dynamisme culturel, explique Jérôme Coumet. Un premier partenariat a ainsi été noué avec le Point Ephémère pour qu’une structure similaire voit le jour dans le 13ème et accueille des visiteurs autour de concerts, une fondation sera prochainement installée… Le musée à ciel ouvert s’inscrit donc dans un projet économique et culturel global pour que le 13ème devienne un haut lieu culturel à Paris.

Les étudiants du master ECN tiennent à remercier chaleureusement
Jérôme Coumet pour cette rencontre et ces échanges passionnants.

Etienne Jubault & Théophile Parat

 

Photo n°1 : SETH, boulevard Vincent Auriol
Photo n°2 : La Madre Secular 2, INTI, 81 boulevard Vincent Auriol