LES MATINALES AVEC JÉRÔME SOULET

Directeur Vidéo, Télévision et Nouveaux Médias chez Gaumontjerome-soulet-gaumont

9 novembre 2016, 9h30
Lieu : siège de Gaumont

Le 9 novembre, les étudiants du master Économie de la Cumture et Numérique ont eu la chance de prendre le petit déjeuner chez Gaumont à Neuilly sur Seine avec Jérôme Soulet, Vincent D. et Quentin Boniface.

Nous avons été accueillis par Jérôme Soulet, directeur du département Vidéo, Télévision et Nouveaux Médias chez Gaumont. Il siège également au conseil de production qui décide globalement des futures productions, distributions et de leurs financements. Jérôme Soulet est arrivé chez Gaumont il y a dix ans après une carrière de journaliste et dix ans chez France Telecom. Il rejoint alors la plus vieille maison de production au monde - comme le sous-entend son slogan "Depuis que le cinéma existe" - qui a fêté récemment ses 120 ans. Depuis cinq ans, Gaumont a décidé de diversifier ses activités notamment en lançant une filiale à Los Angeles et en produisant des séries. La dernière notable étant Narcos, la série sur Pablo Escobar, diffusé par Netflix.

Comme nous l’a expliqué M.Soulet, la distribution et la production de films sont des activités à risque. En effet, un seul insuccès mal calculé peut mettre la maison sur le bord de la banqueroute. En 2001, le pari des visiteurs en Amérique a généré de fortes pertes sèches pour Gaumont. Pour sa sortie, Disney se retire à la dernière minute, ce qui entraîne une perte de 100 millions de francs pour Gaumont. La famille Seydoux décide alors de céder l’exploitation de salles à Pathé (dirigé par Jérôme Seydoux) pour écarter ce risque à l’avenir pour la maison de production tout en restant intégré verticalement. Chaque année, pour mille scénarios reçus, Gaumont produit une dizaine de films. Cette production annuelle permet d'enrichir leur catalogue de distribution déjà très attractif depuis le début des activités en 1895. Cette dizaine comprend quelques coproductions avec d’autres sociétés de productions tel que LGM, Mandarin... M.Soulet a insisté sur l’importance de connaître son public et de ne pas le perdre de vue tout au long de la production.

Nous avons pu parler rapidement avec Vincent D. ancien élève du Master D2A dont le métier chez Gaumont consiste à veiller sur le secteur cinématographique. Il s’agit d’une création récente de poste chez Gaumont et pourrait en intéresser plus d’un dans notre formation d’économiste de la culture. Son quotidien consiste en des lectures de rapports, suivi législatif, présence aux conférences et surtout beaucoup d’analyse et de rédaction. Son expertise est indispensable autant lors des diverses réunions en interne qu’en visites extérieures (rencontres avec l’autorité de la concurrence par exemple). Nous en avons profité pour parler de l’avenir de la salle de cinéma, la VàD en France et le rôle de Canal + dans la production française.

Enfin, notre petit déjeuner s’est achevé avec la présentation du département musique de Gaumont avec son directeur Quentin Boniface. En France, ce département est encore assez nouveau et existe également chez EuropaCorp et Studio Canal. Avec une formation musicale solide en parallèle d'études à Sciences Po et à l’ESSEC, Quentin Boniface a créé le département de musique au petit effectif de 4 personnes. Aujourd’hui, Gaumont est éditeur et détenteur de droits musicaux depuis huit ans (gérés par Universal précédemment).

Lors de la production d’un film, il faut choisir entre obtenir des droits de titres déjà existants (publishing) ou de composer des originaux appelés scores. Ce sont des décisions en concertation avec le réalisateur et le producteur sous contrainte du budget alloué. Quand on associe deux oeuvres (une musique à un film), on franchit le droit moral. Il faut alors négocier directement avec l’artiste et sa maison d’édition et non avec les sociétés de gestion telles que la SACEM. On obtient le droit d’utiliser une musique "in-context" c’est-à-dire dans le cadre d’une séquence précise d’une durée déterminée négociée avec l’artiste. Les tarifs sont très variables allant de 0 à plus de 80 000 dollars (pour les titres connus). On observe une prépondérance des musiques anglaises et américaines dans les films français ce qui oblige au département musique d’élargir leur réseau à l’international et d’être présent aux évènements organisés outre atlantique. Gaumont a connu ses heures de gloires concernant les bandes originales avec un record de 4 millions d’albums vendus pour le Grand Bleu et 300 000 vendus pour Intouchables.

Nous remercions Gaumont, Jérôme Soulet, Vincent D. et Quentin Boniface pour leur accueil chaleureux et pour le temps qu’ils nous ont accordé afin de répondre à toutes nos questions.

Crédits photo : unifrance.org