WEEK-END À STRASBOURG

21-22 octobre 2016
Lieu : Ville de Strasbourgarte

Le vendredi 21 octobre 2016, les étudiants en master Économie de la Culture et Numérique (ECN) ont pris le train pour Strasbourg dans le cadre d'un weekend d’intégration. Les visites ont commencé par les locaux d’Arte GEIE, siège social d’Arte, situé en face du parlement européen. Accueillis par Madame Elke Blocher, chargée des relations publiques, nous avons fait un tour du bâtiment pour voir les oeuvres du sculpteur allemand Stéphan Balkenhol à qui on doit l’homme girafe sur le parvis. Devant la régie finale de la diffusion des programmes, Madame Blocher a fait un point sur l’histoire d’Arte et le fonctionnement de la chaîne. Nous avons ensuite visité les studios destinés aux quotidiennes et aux émissions. En 2015, la chaîne a lancé un nouveau programme: un journal pour enfants de 8 à 12 ans. Nouvelle forme d’information pour les français, elle a été très bien accueillie, surtout dans sa version numérique.

Chaîne bi-média à vocation européenne, présente à la télévision comme sur internet, Arte sait s’adresser aux jeunes. Fabian Schiffeholz, responsable de la stratégie social media d’Arte et Alexandre Knetig d’Arte Creative nous ont exposés tous les enjeux de la chaîne à l’ère du numérique et leurs stratégies afin de casser la distinction TV/Web. De plus, Arte Creative produit ses propres jeux vidéo qui connaissent un grand succès à l’international. Après le succès de Type:Rider, Arte se lance aujourd’hui dans la réalité virtuelle avec des projets comme le jeu vidéo Sens ou le documentaire Notes on blindness, immersion dans la vie de l’écrivain John Hull devenu aveugle en 1983. Enfin, leur dernier projet en date est également une expérience virtuelle : Polar Sea, première série documentaire en 360°.

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Après cette visite d’Arte, les élèves se sont rendus à la Maison de l'Image pour y rencontrer Georges Heck de l'association Vidéo les beaux jours. Créée en 1989, dans une période où la vidéo se démocratise grâce à l'arrivée du magnétoscope et d'équipements innovants, et grâce à l’héritage des mouvements féministes des années 1970, l'association a pour but de défendre la création vidéo sous toutes ses formes et d’en permettre la diffusion.
L'association est hébergée depuis 1999 à la Maison de l'Image créée en partenariat avec la Ville de Strasbourg, ayant mis à disposition une ancienne caserne de pompiers. Le but de ce lieu était initialement d'accueillir différentes associations autour de la vidéo et de créer un pôle strasbourgeois autour de ce secteur, avec notamment une grande salle de visionnage. Le projet a finalement été réduit à un seul étage du bâtiment lors du changement de majorité à la municipalité en 2001. Vidéo les beaux jours dispose aujourd'hui d'une salle de visionnage de 45 places qui accueille des avants-premières et formations autour de la vidéo. L'association possède un fond de films principalement documentaires. Cela est notamment dû à l'explosion du film documentaire dans les années 1990, à la période où les chaînes de télévisions se sont démultipliées entraînant ainsi un appel d'air pour les contenus vidéo. Grâce à ce fond, Vidéo les beaux jours édite et met à jour un annuaire sur la production régionale de vidéos. Outre son rôle de conseil et de formation des professeurs mais aussi des travailleurs sociaux sur la question des ateliers vidéos avec les divers publics, l'association entretient et développe le réseau de professionnels s'intéressant à la vidéo. Dans ses locaux, Vidéo les beaux jours accueille notamment une association qui a pour but la mise en place d'une médiathèque régionale pour recenser les vidéos d'archive privées, afin de conserver le patrimoine vidéo du siècle dernier et des années passées.

En définitive, Vidéo les beaux jours constitue un véritable laboratoire de réflexion autour de la vidéo, des usages qui en sont fait, de ses différents acteurs et plus généralement des mutations du secteur du film.

Le voyage à Strasbourg s'est enchaîné d’un rendez-vous avec Thierry Danet, directeur de la Laiterie, salle de concerts de musiques actuelles. La Laiterie est le résultat d'un appel d'offre de mars 1994 émanant de la ville de Strasbourg qui cherchait des gestionnaires pour la salle. Première du genre, la Laiterie a ouvert la voie à de nombreux projets similaires, comme par exemple le Stereolux à Nantes. En moyenne, 120 concerts y sont organisés chaque année grâce à une direction qui prône une ouverture intensive, un spectre artistique large (en termes de genre et de calibre des artistes) et une programmation évolutive selon les goûts du public. Thierry Danet l'affirme, la prise de risque est constante. Leur modèle économique se repose justement sur la diffusion des nombreux concerts proposés par le lieu. La salle de concert se finance aujourd'hui, à 70% par des fonds propres (billetterie, bar et sponsors) et à 30% par des subventions (ville de Strasbourg et DRAC). Grâce à une jauge de 870 personnes pour la plus grande salle et de 290 personnes pour le club, le budget annuel de la Laiterie s'élève aujourd’hui à 2 millions d'euros. La gestion pérenne de l'association, en constante réévaluation face à la demande du public et aux résultats de la programmation, n'a jamais entraîné de déficit pour la structure.

Derrière la Laiterie, il y a l'association Artefact, sous-divisée en deux associations : Artefact PRL (pour la gestion, la programmation et le développement de la Laiterie) et Quatre 4.0 (pour le festival des Artefacts et l’Ososphère). Le lieu compte également un centre de ressources (formations, conseils, mise à disposition de bureaux) et une plateforme Artefact accueillant 9 labels et 33 groupes. Comme le nom "Artefact" l'indique, Thierry Danet pense son projet comme un équivalent des grands labels anglais que l’on dit « indé », à la fois dans et hors système.

Les spécificités de la Laiterie sont nombreuses, outre le fait que la salle soit la première de catégorie, une SMAC bien qu’elle n'en ait pas le label, l'originalité de ce projet repose bien sur la gestion de la salle. La Laiterie est avant tout une équipe au service d'un projet. La direction du lieu est occupée par les 4 fondateurs du projet : Thierry Danet, Nathalie Fritz, Patrick Schneider et Christian Wallior. Leur hiérarchie horizontale les rend polyvalents. Depuis 1997, Thierry Danet dirige également le festival Ososphère, un festival des arts numériques (dédié aux musiques électroniques et aux arts numériques). C'est un événement qui, pour lui, favorise la production, la création mais aussi la réflexion autour des arts numériques et l'implantation de la Laiterie et de l'association dans la ville de Strasbourg.

Toutefois, la salle souffre aujourd'hui d'une certaine obsolescence. La limite de la jauge imposée par la ville ainsi que l'infrastructure moins développée que les zéniths ou autres grandes salles de concerts rendent plus compliqué l'accueil des artistes de renom. Les élèves remercient Thierry Danet qui les a conduit à travers les entrailles de la Laiterie. Il a su leur transmettre chaleureusement sa passion et a répondu, tout au long de visite, à leurs nombreuses questions.

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Avant de remonter dans le train direction Paris samedi matin, les élèves du master ECN ont visité le musée Tomi Ungerer, figure emblématique strasbourgeoise de l’illustration. Nombre d’entre eux ont replongé dans des souvenirs plus ou moins lointains grâce aux illustrations des albums pour enfants Les trois brigands, Le nuage bleu ou encore Otto. La visite portant principalement sur les illustrations destinées aux enfants, elle a aussi révélé l’engagement politique de Tomi Ungerer avec notamment ses affiches contre la guerre du Vietnam et contre l’impérialisme américain. Le voyage à Strasbourg s’est alors terminé en douceur par une séance de lectures enfantines dans un petit salon prévu à cet effet au rez de chaussée du musée Tomi Ungerer.

Les élèves du master remercient Didier Juillard et Jasmin Tigil pour l’organisation de ces deux journées riches en rencontres !

Crédits photos : étudiants du master ECN