by Marie Auburtin
« Osez, ayez de l’audace, de la curiosité, et surtout, travaillez ! »
L’ensemble de la promotion tient à remercier Monsieur Choplin pour sa disponibilité et son partage lors de cette rencontre professionnelle. (Crédit photo : Ornella Tumminello)

L’incroyable parcours de Jean-Luc Choplin

Durant cette rencontre au sein du magnifique Théâtre Marigny, situé non loin de la célèbre avenue des Champs Élysées, nous avons eu la chance de découvrir une personnalité hors du commun : Jean Luc Choplin. Voici les grandes lignes d’un parcours atypique qu’il résume pourtant en deux mots : sophistiqué et populaire.

Tout d’abord, Jean-Luc Choplin a fait des études d’économie à la Sorbonne, tout en suivant un parcours parallèle à l’École normale de musique de Paris, passionné depuis toujours par la flûte traversière. Sa formation musicale lui donne envie de travailler auprès des artistes.

Dès sa sortie, son désir de créer un festival d’art contemporain pour mettre en lumière la danse et la musique contemporaine est fort. Il crée les fêtes musicales au Monastère de la Sainte Baume, dans le sud de la France, où des artistes comme John Cage, Cunningham, Stockhausen, Robert Wilson, Yvonne Rainer ou encore David Gordon viennent, pour certains, présenter le mouvement post-morderne américain. Une époque bien différente de la nôtre selon lui, où l’argent et le juridique avaient moins de prise sur le monde, notamment artistique.

Après avoir passé cinq années à la direction de ce festival, il devient l’administrateur de l’Orchestre Philharmonique de Lorraine, et dirige cette structure pendant 5 ans. Il y apprendra la gestion d’un orchestre et d’une institution musicale tout en développant des contacts précieux. Au début des années 80, il prendra les rênes du Ballet de Marseille en tant que directeur général auprès de Roland Petit. Parallèlement, il est nommé à l’Office régional de la culture du Conseil Régional de Provence Alpes-Côte d’Azur, où il apporte son aide à divers projets, comme la création de la première FRAC, la restructuration du festival d’Avignon, l’Orchestre régional de Cannes et la mise en place des politiques de décentralisation.

Après 5 ans dans la région Sud, il rejoint Paris et le Ballet de l’Opéra, en tant qu’administrateur général, pour travailler aux côtés de Rudolf Noureev, alors directeur artistique. Lors de cette expérience, R. Noureev va remettre en lumières un répertoire classique des ballets et Jean-Luc Choplin, des créations plus contemporaines.

À la mort de R.Noureev, Jean-Luc Choplin change radicalement de voix : en 1989, il devient vice-président du futur Disneyland Paris pour travailler sur ce grand projet d’aménagement du territoire et adapter la « marque » à la France. Il participera notamment à l’ouverture du parc en 1992.

Le CEO de Walt Disney Michael Eisner s’étant lié d’amitié avec Jean-Luc Choplin, le fait venir à Los Angeles à ses côtés et c’est dans ce cadre qu’il travaille sur de nouveaux projets artistiques pour le parc de Los Angeles. Il y fait travailler des d’artistes : plasticiens, peintres, sculpteurs…

Son rôle, d’après Michael Eisner, auprès de la Walt Disney Company était : « You’ll be an artistic eye in a Company which doesn’t make art. » – « Tu seras l’oeil artistique d’une entreprise qui ne fait pas de l’art. »

Après quelques années à Los Angeles, Jean-Luc Choplin décide de rentrer en France. C’est tout à fait par hasard qu’il devient consultant artistique aux Galeries Lafayette. On lui doit notamment les murs de lumières des Galeries, mais aussi de nouvelles résidences d’artistes.

Il part ensuite conquérir la ville de Londres en devenant CEO Chief Executive Officer du Théâtre Sadler’s Wells. Dans ce nouvel espace dédié à la danse contemporaine, il y organise des représentations de danse contemporaines et des représentations plus « musicals ».

En 2004, Bertrand Delanoë le nomme Directeur Général du Théâtre de Châtelet. C’est ainsi qu’il y retrouve ce qui lui correspond le plus : un théâtre populaire et sophistiqué, du grand spectacle et des formats plus pointus. Il avait un projet pour ce théâtre et l’a mené pendant 13 ans (avec plus de 70 productions). Il voulait un théâtre dans son ADN, un théâtre de création, qui mettait le spectacle musical en son cœur et non une énième proposition lyrique. Un théâtre qu’il a pu modifier tant dans son esprit que dans sa structure. De gros travaux ont fait fermer le théâtre pendant trois longues années avant de rouvrir en 2019. Il décide ainsi de quitter son poste en même temps que la fermeture.

Il devient président du comité de coordination artistique de la Seine Musicale pour la création et l’ouverture de ce nouveau lieu du département des Hauts-de-Seine.

En 2018, Marc Ladreit de Lacharrière le nomme Directeur Général du Théâtre Marigny. Probablement le dernier poste que Jean-Luc Choplin occupera avant une véritable retraite, dans lequel il s’attache à rendre le théâtre, un lieu unique de la ville de Paris.

Le théâtre, transfiguré lui aussi par des travaux, et réouvert depuis 2018, est, anciennement une maison d’équestre à l’histoire pleine de rebondissements.

Aujourd’hui, aux côtés d’une équipe jeune, constituée par Jean-Luc Choplin dans l’objectif de transmettre aux nouvelles générations, il s’attarde à de nombreux projets ambitieux.

Les mots de la fin de cette rencontre seront synonymes de son engagement dans la culture tout au long de son incroyable carrière :« Le spectacle, on le fait pour remplir la tête et le cœur des publics »

Ornella Tumminello & Caroline Venturini