by Marie Auburtin
Les étudiants de la promotion 2020 du master ECN de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne remercient Olivier Henrard de son intervention. (Crédit photo : Ornella Tumminello)

 

Dans le cadre des Matinales du master Economie de la Culture et Numérique de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Olivier Henrard est intervenu le mercredi 15 janvier 2020 en tant que Président Général Délégué du Centre National du Cinéma et des Images Animées (CNC).

Olivier Henrard a débuté sa carrière en tant qu’attaché culturel à la Ville de Paris, puis a occupé les postes de membre du Conseil d’Etat pour les questions de droits de propriété intellectuelle et de droit du numérique, conseiller juridique au Ministère de la Culture de 2007 à 2009 et conseiller culturel du Président de la République de 2010 à 2012. Fort de son expertise en droit du numérique, cet ancien Enarque a été le secrétaire général au sein de SFR de 2012 à 2015, années durant lesquelles le marché des télécommunications a connu des mouvements de consolidation des grands opérateurs téléphoniques qui ont touché directement SFR, avec notamment la construction du groupe SFR-Numéricable en 2015. Après avoir été nommé rapporteur au Conseil d’Etat pendant quatre ans, Olivier Henrard a rejoint la présidence du CNC en mars 2019.

Missions et objectif du CNC

Dans un premier temps, le Président Délégué Général du CNC a dessiné les contours des missions de l’Etablissement Publique Administratif dont il a la charge : d’une part, le CNC délivre des autorisations pour la production, la distribution et l’exploitation des œuvres audiovisuelles ; d’autre part, il est un organisme de répartition d’environ 700 millions d’euros de ressources récoltées par des taxes auprès des différents acteurs du secteur.

Dans le cadre de l’audit de près de 150 régimes d’aides du CNC annoncé au début de l’année 2020, Olivier Henrard a précisé les modalités de la remise à plat des objectifs publics de l’EPA en évoquant des objectifs sociétaux, tels que le soutien de la parité et de l’égalité dans le milieu audiovisuel ou encore des objectifs de développement durable au sein d’une industrie dont les tournages provoquent des gaspillages non négligeables. Le CNC devrait également définir des objectifs industriels, comme encourager le caractère exportable des œuvres ou encore la protection du droit d’auteur dans un marché audiovisuel mondial.

À plusieurs reprises, Olivier Henrard a souligné le rôle d’EPA du CNC dans son application de politiques publiques qui viennent combler « les failles » du marché, en aidant la production d’œuvres cinématographiques dans un environnement de production et de financement moins mature que celui de la production d’œuvres de fictions de séries, par exemple. À cet égard, le CNC met en œuvre les moyens de la transition vers le financement privé de la production cinématographique, tel que le préconise le Président du CNC, Dominique Boutonnat dans son rapport de décembre 2018, en particulier grâce à la constitution de fonds propres au sein des entreprises de production, en partie grâce à l’enveloppe de 225 Millions d’euro d’un fonds dirigé par la Banque Publique d’Investissement (BPI) et l’Institut de Financement du Cinéma et des Industries Culturelles (IFCIC).

Le projet de loi Audiovisuel

Dans un second temps ont été abordés les enjeux du projet de Loi Audiovisuel, à l’écriture de laquelle le CNC collabore, notamment avec le CSA et la Direction Générale des Médias et Industries de la Culture (DGMIC), et le sujet des confrontations avec les plateformes anglo-saxonnes de vidéos à la demande par abonnement (SVOD) telles que Netflix ou Amazon Prime Vidéo. Contribuables des taxes liées au financement de l’audiovisuel en France mais aussi destinataires des aides du CNC si ces entreprises entreprennent de produire en France, les plateformes de SVOD ont vocation à être pleinement intégrées au fonctionnement de financement des œuvres audiovisuelle françaises. Olivier Henrard a rappelé que le projet de Loi Audiovisuel, qui doit être examiné à l’Assemblée Nationale de fin mars à mi-avril 2020, comporte des objectifs ambitieux envers les plateformes internationales SVOD, comme l’obligation de financer des œuvres audiovisuelles à hauteur de 25% pour les diffuseurs en ligne, contre environ 16% pratiqués actuellement pour les chaînes de télévision traditionnelles.

La production française à l’international

Enfin, l’intervenant a décrit les missions du CNC à l’international ainsi que ses missions d’ambassadeur auprès d’établissements similaires en Europe et à l’international, ou auprès de gouvernements de pays qui ne sont pas doté d’organisation spécifique régulant le secteur audiovisuel. Dans la mesure où l’arrivée des services anglo-saxons de SVOD ne représente pas les mêmes risques et mêmes opportunités selon la maturité et l’encadrement du secteur audiovisuel dans les différents pays de l’Union Européenne qui doivent appliquer la Directive des Services des Médias Audiovisuels (SMA), Olivier Henrard rencontre ses homologues afin de promouvoir l’interprétation française de la règle européenne. En outre, le CNC participe à la défense de l’exception française, par exemple sous la forme de consultation spécialisée lors des sommets internationaux de négociations d’accords commerciaux. À travers le soutien d’institutions telles que l’association Unifrance, la Cinémathèque Française ou encore l’école de cinéma de la Fémis, le CNC contribue à faire connaître et à préserver les atouts de la production audiovisuelle française à l’international.

Audrey Riche