by EMNS

Sandrine Treiner

Directrice

France Culture

Le mercredi 14 octobre, pour la troisième rencontre de l’année, la promotion 2020 du master ECN a fait la connaissance de Sandrine Treiner, directrice de France Culture. Cette opportunité d’observer un grand média public, à travers le regard particulièrement informé de sa dirigeante, a pris la forme d’un échange ouvert et curieux.

Identité et grille de programme

Pour Sandrine Treiner, l’essentiel a d’abord été de renforcer la grille de programmes de France Culture : une plus grande lisibilité, des programmes réguliers et identifiables par par les auditeurs. Ensuite, de lui donner une identité forte et tout aussi reconnaissable. Cela passait pour elle par une distinction importante entre exigence et élitisme, deux notions qui « ne sont pas la même chose, et a fortiori s’opposent ». Les programmes ont changé pour gagner en accessibilité tout en conservant une exigence et en évitant la dispersion, gardant une image homogène sur tous supports, pour mieux toucher et fidéliser un plus large public.

Ce projet de transformation de la chaîne – qui peut-être a permis à France Culture d’avoir ces dernières années le plus fort taux d’augmentation d’audience parmi les radios du groupe Radio France (taux notamment reconnu en 2019 par la récompense de la meilleure radio au prix CBnews des médias) – Sandrine Treiner précise avoir « eu le temps de le faire […] sans brutaliser ni la structure ni le média », pour répondre aux interrogations des étudiants sur son management.

 

Gestion de la crise sanitaire

Ces interrogations portaient également sur sa manière d’aborder la crise sanitaire actuelle et de mobiliser les équipes, notamment lors du premier confinement. À Radio France, le passage au télétravail s’est effectué de manière plutôt fluide, en gardant un minimum vital de personnels techniques présents à la maison de la radio. Le plan global du groupe mettait en œuvre une gradation de la réponse selon plusieurs scénarios, et privilégiait la continuité de l’antenne pour certaines émissions et chaînes essentielles, en particulier celles d’information de France Info, France Inter et France Bleu.

France Culture a de son côté maintenu, outre les programmes en rediffusion, une présence matinale, une émission scientifique et une émission de débat, c’est-à-dire les programmes qui pouvaient le mieux réagir aux enjeux sanitaires.

Pour la directrice, il fallait défendre la place de France Culture dans ce plan de continuité, mais aussi renforcer l’offre numérique, autour de quelques programmes en lien avec l’éducation nationale et la santé, dont la création d’une webradio pour les personnes hospitalisées. Du confinement ont aussi émergé des leçons humaines pour Sandrine Treiner et ses collaborateurs, qui ont augmenté d’une certaine manière leurs temps de discussion, et trouvé une nouvelle forme d’entraide et « d’intelligence collective ».

 

Transition numérique

L’offre numérique en confinement s’inscrit dans la continuité d’une démarche plus large menée depuis plusieurs années pour faire de France Culture une des radios les plus disponibles dans les nouveaux médias. Tous les programmes ont ainsi été adaptés, sont convertis ou même créés comme podcasts originaux, et mis à disposition sur internet et sur les applications. Aujourd’hui pour France Culture, 25% des contenus sont écoutés sur un support numérique et 25 millions de podcasts sont téléchargés chaque mois, attestant une tendance de déplacement et de stabilisation des auditeurs vers le numérique. L’audience a ainsi augmenté et rajeuni considérablement.

Le numérique amène aussi une nouvelle manière de faire de la radio, de nouveaux sujets et de nouveaux modes de travail. L’adaptation des contenus demande une exigence qui est aujourd’hui mieux comprise, et le temps de travail est ainsi repensé par exemple pour mettre autant d’efforts sur la rédaction de pages web que par ailleurs.

Sandrine Treiner nous confie ainsi « qu’une grande transformation repose sur une somme gigantesque de minuscule détails ». Ces détails constituent pour la transition numérique une chaîne ininterrompue qui va de la technologie jusqu’à la manière de faire la radio, et amènent aujourd’hui à inventer un projet de radio qui doit donner accès de manière délinéaire comme linéaire ; une radio qui intègre le hertzien dans une offre beaucoup plus large.

 

Stratégie du groupe Radio France

France Culture entre alors dans le projet plus large du groupe Radio France, qui promeut actuellement une application réunissant les contenus des sept antennes et vise à devenir la plateforme numéro un au niveau national pour la consommation de podcasts.

Les dernières questions des étudiants du master de l’EMNS ont pour conclure amené la directrice de France Culture vers une vision plus large du monde de la radio et ses évolutions dans la transition numérique en 2020, en évoquant la réforme de l’audiovisuel public, les projets de grands regroupements et la mise en place du DAB+ (digital audio broadcasting) avec ses opportunités.

En synthèse, les réformes de l’exécutif et les stratégies des groupes publics visent à adapter la radio à la concurrence des GAFAMN et l’émergence des podcasts sur les plateformes SVOD musicales telles que Spotify et Deezer.

Une offre d’application réunissant les grands groupes radiophoniques français outre Radio France, tels que RTL, RFM, NRJ, etc. est ainsi discutée, mais sans concurrencer la focalisation sur l’application Radio France, qui doit permettre au groupe de retrouver au moins 50% de souveraineté sur l’écoute de ses contenus.

Cette dernière application est donc actuellement le cœur de la stratégie de Radio France, avec pour ambition de s’élever face à la concurrence, mais aussi, à terme, de rassembler l’offre audio de tout l’audiovisuel public réuni.

Compte-rendu réalisé par Quentin Boussuge (Promo M2ECN 2020-2021)